20 ans et plein de talents!

Elles, les femmes vigneronnes

Elles, les femmes vigneronnes

Les femmes représentent environ 10% des producteurs des Coteaux du Giennois.

Retour sur leurs parcours et le regard singulier qu’elles apportent à ce métier qui garde, parfois encore, une image très masculine.

L’art et la manière

C’est au cœur du village de St-Père, sur la place de l’église, que se trouvent les caves Veneau. Bordées par un petit cours d’eau, fleuries et tenues au cordeau, il s’en dégage une douce impression de fraîcheur. Quoique cette ancienne ferme de la Commanderie de Villemoison reste avant tout un lieu de travail, on sent d’emblée que l’on pénètre ici dans le domaine des femmes.

Marie-Christine Veneau, respirant la joie de vivre, vous accueille et n’est pas longue à se raconter. « Autrefois, il n’y avait que des hommes », concède-t-elle dès l’ouverture. Et pourtant. C’est oublier que les femmes ont toujours pris leur part de labeur à la vigne, ne serait-ce que pour tenir « les cordons de la bourse ».

C’est d’ailleurs ce que souligne notre interlocutrice, non sans malice : les hommes ont toujours été bien heureux de leur laisser le soin de la gestion et de l’administratif. « Pas toujours facile », résume-t-elle avec bonne humeur, d’être à la fois dans la vigne et les « papiers ».

Aujourd’hui comme les hommes, elles mettent la main à la pâte à tous les travaux et revendiquent de fabriquer leur vin comme tout le monde. Ni plus ni moins, disent-elles.

A les rencontrer, on voit pourtant qu’elles ont quelque chose de plus.

Tels pères, telles filles.

La motivation de Marie-Christine Veneau reste intacte après trente ans de métier. Elle a fait son apprentissage dans le giron familial mais donne aujourd’hui le cap, après avoir repris progressivement les rênes de l’exploitation.

C’est son père, Jean-Pierre, qui avait commencé à replanter dans les années soixante-dix. Père de deux filles, il est heureux de voir son œuvre poursuivie et son savoir-faire prolongée dans les mains de Marie-Christine. Toujours prompts, avec son épouse, à la seconder, il ne faut pas cinq minutes à mesurer toute la force de la complicité qui les unit.

Julie Nérot est elle-aussi exploitante à Saint-Père et a suivi un parcours comparable. Jeune et joli brin de fille, dans la trentaine, fille de vigneron (c’est la cinquième génération), c’est toute jeune qu’elle a suivi la trace de ses parents. La passion était née.

D’abord aide familiale, elle a poursuivi sa formation au sein d’un BTS viticulture-œnologie puis d’une Licence en gestion d’entreprise, pour enfin racheter le domaine familial.

Elle rappelle, avec humour, qu’encore fraîchement installée, son grand-père la taquinait en lui demandant quand et avec qui elle se marierait, pour savoir à qui reviendrait son domaine.

Bien sûr, cela n’a pas toujours été évident. Mais elles ont tenu leur pari et toutes deux sont aujourd’hui fièrement établies.

La preuve, elles ne perdent jamais l’occasion d’insister sur le fait qu’il n’y ait ni avantage ni contrainte à être une femme dans ce métier : tout juste est-ce un peu plus difficile de garder son vernis à ongle !

Pas de différence, en somme.

Seul compte le produit final et après tout, les bonnes méthodes se moquent bien du sexe de ceux qui les emploient. Belles joueuses, elles préfèrent souligner le travail accompli par l’ensemble de leurs aides, qu’ils soient familiaux, bénévoles ou employés.

C’est le cas au Domaine Nérot, qu’un salarié a rejoint depuis trois ans. Au début contrat d’avenir, c’est aujourd’hui un maillon indispensable pour assurer la conduite des engins, le traitement des vignes et prêter main forte à la cave ou à la vente.

Charme et caractère : originalité et touche féminine.

Il faut donc chercher ailleurs ce qui singularise nos vigneronnes.

Il y a le plan humain, bien sûr.

Le charme en plus, pourrait-on dire, et qui joue de toute sa force pour la vente au domaine. La touche féminine se remarque tout de suite dans la façon d’arranger les lieux de réception et de dégustation. Elle participe, du reste, à leur ménager une clientèle bien à elle. Tel que le note Marie-Christine Veneau, les consommatrices hésiteraient moins à se déplacer à la cave, lorsque celle-ci est tenue par une femme. C’est donc une clientèle qu’elles aiment à choyer et pour qui elles n’hésitent pas à créer des bouteilles plus originales… et féminines, en somme.

« INNOVENTE, INVENTIVE… »

Innovantes, inventives, elles ont des idées bien à elles. N’hésitant pas à aller au rebours de certaines tendances, pour mieux en accompagner d’autres. On pense notamment à la vente en vrac, que Julie Nérot a hérité de son grand-père et décidé de maintenir. Voulant « dépoussiérer » cette pratique commerciale, elle la juge dans l’air du temps, écologique et économique, à même de satisfaire les nouvelles préoccupations de proximité et d’environnement.

Plus à l’écoute du monde, peut-être aussi, elles savent prendre en marche les trains de la modernité et s’ouvrir de nouvelles portes.

C’est ainsi que le Domaine Nérot a eu recours au financement participatif pour réhabiliter des bâtiments anciens en espace de vente et de dégustation. Une première dans les CG.

Chapeau bas, donc, à ces dames de la vigne aux parcours atypiques, car il souffle avec elles un indéniable vent de liberté.



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